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Architecte:
Youssef Chourabi
Photographie: Youssef Chourabi et Jelel Bessad
Distinction: Prix des journées architecturales de carthage catégorie 1ère œuvre

Des expériences spatiales et visuelles peu usuelles, une géométrie qui, par son harmonie, capte le regard et le laisse intrigué, une approche conjuguant des notions paradoxales, alliant « intérieur » et « extérieur » tout en instaurant rigoureusement des limites entre les deux, Dar Gandouz déploie une réflexion alternative sur le mode de vie d’une famille élargie en Tunisie en reconsidérant les paramètres sociaux, sitologiques et architecturaux impliqués. Pour cette maison, le challenge de l’architecte était de concevoir un espace qui réunit quatre noyaux de la même famille dans un contexte urbain à forte densité véhiculaire et dont le paysage est marqué par la dominance des immeubles à vocation commerciale. Créer à partir des enjeux les solutions les plus adéquates était un concept générateur de cette œuvre. Le concepteur voit en l’architecture « L’art de manier les contraintes ». C’est ainsi qu’il a accroché cette conjoncture pour façonner un projet qui filtre les interlocuteurs suivant le besoin.L’extérieur sobre et assez opaque ponctué par des ouvertures en forme de meurtrières laisse déjà le contemplateur pressentir la tonalité générale intérieure sans émettre d’affirmations. C’est par la mise en vigueur d’une condition intérieure propre au Dar que cette architecture introvertie suscite la curiosité.Le projet s’articule autour d’un dispositif central constituant un « filtre » traduit par une soustraction dans la masse à la fois garantissant la transition entre les entités et pondérant l’atmosphère conviviale afin qu’elle ne devienne trop intrusive.

L’intérieur de ces entités laisse se manifester un silence que l’on ressent grâce à la reconsidération du sens de la transparence par l’architecte et au rythme du jeu d’indépendance et de cohésion créé.

L’architecte attrape la nature et la sculpte à la demande du besoin. L’intérêt porté sur les limites a guidé la conception. Parfois en décrochement, celles-ci brisent le vent au nord, régulent la nuisance sonore au sud, captent la lumière, la géométrisent, la laissent apparaître et réapparaître accentuant ainsi sa présence par la saisie de son absence.La végétation se présente aussi comme une limite qui vient consolider la visée de filtration. L’ombre portée des volumes ainsi que le reflet du ciel sur l’eau et les vitres agrémentent l’expérience de ce lieu.

Ce dialogisme architectural ne peut émaner que d’un architecte pluridisciplinaire. Youssef Chourabi, diplômé de l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme (E.N.A.U.) en 2014 nous affirme : « L’architecture que je conçois est l’impact violent de ce premier contact de l’art que j’exerce et de la société dans laquelle je vis ». Des connexions abstraites entre ses différents profils commencent à s’éclaircir et à façonner son identité. Ce jeune architecte puise dans la pratique des arts martiaux la rigueur, l’élégance du geste et la capacité à s’emparer de l’ambiance du lieu. Il s’inspire du phrasé et de l’harmonie de la musique et s’imprègne de l’échange architectural que procure l’enseignement.Porteur de la cause de l’indéniable nécessité de fusionner nos efforts afin de forger une véritable architecture Tunisienne d’aujourd’hui, il dédie le mot du concours à ses étudiants, la richesse de demain et les détendeurs d’une éventuelle approche avant-gardiste. Dar Gandouz ainsi que tous les projets participants aux JAC qui viennent de marquer la scène architecturale tunisienne laissent rêver que dans ce pays tout commence à acquérir un sens.

 Wiem Alimi