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La Maison de Culture de Mornag de l’agence Arké Architectes Associés est un projet largement médiatisé depuis sa réalisation. Archipill a décidé d’en reparler après sa récompense lors des Journées Architecturales de Carthage. Ce projet est d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’un concours national, d’une commande publique et qu’il témoigne qu’il est possible de voir émerger des projets d’exception grâce à ce type de procédure. Découvrez son histoire grâce à ce magnifique texte de l’architecte Feriel Lejri:

Après avoir connu son apogée sous le protectorat français, la ville de Mornag a perdu son caractère agricole et sa situation privilégiée. Un développement urbain anarchique et spontané a étouffé le patrimoine architectural colonial, dont ne subsistent que quelques rares bâtiments, témoins d’une époque effervescente. La population a principalement investi dans le commerce, dans une dynamique de survie économique sans, toutefois, prévoir une infrastructure appropriée et sans laisser la place à la dynamique culturelle. Aujourd’hui, les jeunes de Mornag sont dans le besoin d’avoir un espace dédié aux activités culturelles.En fin 2013, un concours national d’architecture a été lancé par le Ministère de la Culture, ayant pour objet la fondation de la Maison de la Culture au Mornag, au sein de l’église de La Cebala. Ce concours compte parmi une série d’autres concours de projets qui seront réalisés dans des régions culturellement peu développées. L’église de La Cebala, de style néo-roman, a été construite à Mornag, sous le protectorat français en 1911, par l’entrepreneur M. Inard d’après des plans de l’architecte Claude Chandioux. 

A l’occasion du modus vivendi, signé le 10 juillet 1964, entre la république tunisienne et le Vatican, l’église a été désacralisée et désaffectée. Les responsables du bâtiment ont fait don de leur lieu de culte à l’État tunisien, sous la condition que ce dernier le dédie à des activités culturelles. Le gouvernement tunisien a donc récupéré l’église et a décidé de la reconvertir pour y implanter la Maison de la Culture. Des volumes auxiliaires, construits sur la parcelle de l’église, ont provisoirement été occupés pour offrir aux jeunes de la ville un espace pour leurs activités culturelles. Cette initiative vise à restaurer l’église et à prévoir une extension, pour y introduire des espaces d’exposition, une salle polyvalente, des clubs, une salle de projection, etc.

En Février 2014, l’agence d’architecture Arké a remporté le concours. Le projet se démarque des autres projets proposés par son occupation du volume intérieur de l’église dans lequel les architectes ont introduit de petits volumes indépendants et par la démolition des volumes auxiliaires, pour une meilleure occupation de la parcelle et une implantation optimale de l’extension. Le chantier a démarré en février 2016 et a été achevé en fin 2017.Le projet s’inscrit sur une parcelle de 2250m2. L’intervention architecturale consiste à rénover et réinvestir le volume de l’église dont la surface est de 200m2 et de prévoir une extension de 1400m2, sur le reste de la parcelle. L’agence Arké propose une réponse architecturale qui se veut, à la fois, soucieuse de la revalorisation de l’église et porteuse d’une nouvelle identité architecturale, qui pourrait insuffler un air de « renouveau » dans une ville longtemps délaissée. En plus de sa restauration, l’église a accueilli trois volumes blancs reliés par une passerelle et suspendus sur trois murs indépendants, détachés des murs de l’église et de la charpente en bois, bel ouvrage authentique qui soutient la toiture en tuile de terre cuite. Ces volumes cubiques abriteront les clubs.L’introduction de ces entités dans le volume de l’église et leur surélévation du sol visent à donner au visiteur une nouvelle lecture de ce patrimoine, en lui offrant une expérience spatiale différente, avec de nouveaux points de perspective sur la charpente en bois, et sur l’espace intérieur, en général.L’extension prend forme dans un volume en L, qui s’aligne, d’une part, sur les deux rues qui délimitent la parcelle et, d’autre part, sur les limites du volume de l’église. Ce volume en L se veut visible. Il se distingue par son caractère contemporain et s’élève, au croisement des deux principales rues de Mornag, dans une signalétique qui marque sa présence dans le paysage urbain environnant. Il se compose de deux volumes distincts, posés l’un sur l’autre. L’un, massif, est revêtu d’une pierre marbrière locale dont la couleur rappelle celle de la peinture des murs de l’église. L’autre, se distingue par sa couleur blanche et par ses ouvertures qui le percent dans un rythme libre de toute trame ou alignement. Le volume au RDC, par lequel on accède au bâtiment, comprend l’auditorium, une buvette et les espaces d’exposition. Le volume à l’étage comprend l’administration. L’extension est reliée à l’église à deux endroits différents, par des volumes transparents, dans le but de créer une continuité dans le parcours au sein du bâtiment, sans altérer la lecture de ces deux entités qui revendiquent, chacune, à part entière, son identité historique et architecturale. Le projet a été accueilli avec enthousiasme et curiosité. A peine le bâtiment a-t-il ouvert ses portes que les jeunes de la ville ont commencé à affluer pour s’y inscrire, découvrir ce nouvel espace et s’y promener. En plus de sa vocation culturelle, cet édifice s’impose aujourd’hui dans le paysage urbain, tel un élément d’appel, à l’endroit où se dresse un vestige du patrimoine colonial auquel la population avait, jusque-là, tourné le dos. Les habitants semblent s’identifier à ce projet, de par son caractère contemporain car il répond à leur besoin d’un souffle nouveau dans la ville. Par ailleurs, ce projet leur fera peut-être porter un nouveau regard sur leur patrimoine colonial, présent dans la mémoire collective et sur sa possibilité d’évolution.

 

Feriel Lejri
Architecte