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Où en est le BIM en Tunisie? Qui sont ceux qui l’utilisent et dans quel but? Comment peut-on le mettre en avant dans la vie professionnelle d’aujourd’hui? Nous allons essayer d’expliquer cela avec cette interview effectuée avec l’architecte Abdelwaheb BANI, architecte indépendant, Autodesk certified instructor, expert en audit énergétique, enseignant.

Archipill: Pouvez vous nous parler brièvement de votre parcours qui vous a amené à devenir un « Autodesk certified instructor »(ACI) ?

Abdelwaheb Bani: Diplômé en 2000, j’ai initié la vie professionnelle depuis juin 1999 pendant mon stage professionnel qui s’est suivi de cinq ans d’expérience dans 12 agences d’architecture de renommée à Tunis telles que les agences de Med ali BEN SOLTANE, Karim BERRACHED, Sami ATEB et Jalel SAKLI. J’ai atterri par la suite dans le projet de construction de l’Ambassade d’Amérique de Tunis en tant que conducteur de travaux en 2001. C’était à ce moment là que le déclic s’était produit. Nous recevions des documents normalisés (documents graphiques et pièces écrites) de la part de l’agence américaine « TAISUKE PARTNER », c’était une agence qui se basait dans son travail sur la cohérence et la continuité qui sont les principes avec lesquels fonctionne le Building Information Modeling (BIM). Il faut savoir que durant cette période là le BIM n’existait pas. J’étais chargé durant ce projet de faire correspondre ces documents normalisés à des documents compréhensibles par les intervenants tunisiens. Cette expérience ne m’a pas du tout laissé indifférent à cette méthode intelligente d’entreprendre les projets d’architecture surtout en comparaison avec la méthode traditionnelle que les architectes tunisiens adoptent généralement durant la conception et la construction d’un bâtiment architectural. J’ai donc pu conclure que la conception assistée par ordinateur (CAO) ne va pas perdurer.

Après ce tournant, j’ai ouvert ma propre agence en 2004 dans laquelle on n’utilise que le BIM dans tout projet architectural. Pour anecdote, j’ai commencé ma formation en 2003 en autodidacte sur le logiciel « Autodesk Architectural Desktop » qui se base sur les objets paramétrés mais à un niveau primaire et en parallèle sur le logiciel « Revit » qui ne faisait pas encore partie d’autodesk en me référant uniquement au descriptif fourni par l’onglet « HELP »! En 2004 j’ai migré définitivement vers Revit et j’ai cessé d’utiliser Autocad.

En étant dans la dynamique innovatrice de l’architecture, j’ai complété ma formation par une attestation d’Expert en Audit Energétique – agréée par l’Agence Nationale de la Maîtrise l’Energie (ANME) en 2010 puis j’ai enchaîné en 2015 par la « Revit Architecture 2015 Certified Professional » et en 2017 par la certification « AUTODESK CERTIFIED INSTRUCTOR » qui m’a permis de transmettre mes savoirs dans le cadre des formations spécialisées.

AP: Est-ce que le BIM vous a été bénéfique dans votre travail d’architecte?

AB: Suite à l’intérêt général que le monde donne à l’architecture écologique dans les dernières décennies, le meilleur moyen de pouvoir utiliser cette pluridisciplinarité afin d’arriver à un projet crédible sous forme de maquette numérique était d’utiliser le logiciel BIM. Ce logiciel dynamique me permettait de passer instantanément du BIM au Building Energy Modeling (BEM) qui donnait des comparatifs d’énergie même à une phase très préliminaire du projet.

AP: Est-ce que le fait d’être un architecte est un plus pour une formation d’architectes en BIM?

AB: C’est primordial. Le choix du formateur pour l’accompagnement d’une équipe au sein d’une agence d’architecture de renommée se fait selon 3 critères de maîtrise :

  1. La maîtrise de logiciels bien appropriés et le flux du travail avec la méthodologie collaborative pour arriver au résultat d’une maquette numérique paramétrable et non pas une 3D volumétrique graphique, sans oublier le fait d’être doté des outils de formation d’adultes.
  2. Avoir l’ Autodesk Revit Certified Professional (RCP).
  3. Retour sur métier et c’est un critère qui est très important car il représente l’expérience réelle sur terrain et dans un environnement particulier.

AP: Où en est le BIM en Tunisie ?

AB: Comme le dit Autodesk : “Connecting the dots”. Dans le BIM d’une manière générale, nous trouvons trois niveaux :

  1. Le Niveau 1 : Dessin 2D et 3D paramétrée pour un usage individuel
  2. Le Niveau 2 : La collecte des maquettes fournies par l’ensemble des intervenants.
  3. Le Niveau 3 : Une maquette numérique de référence sur laquelle travaillent tous les intervenants simultanément.

Il faut savoir qu’il y’a plusieurs agences d’architecture en Tunisie qui travaillent actuellement avec le BIM. Le seul inconvénient malheureusement est que chacun travaille de son côté, ce qui nous empêche de passer au Niveau 2 expliqué ci-dessus. A vrai dire le nombre d’architectes qui travaillent le BIM est largement supérieur au nombre des différents autres intervenants, ce qui ne facilite pas ce processus. Je pense sérieusement qu’il va falloir très rapidement créer ce réseau qui relie ces points existants (les intervenants travaillant avec le BIM); et vous allez voir que le système BIM verra le jour immédiatement, car je reste persuadé que le tunisien a une très bonne faculté de s’adapter. En 2004, il a fallu être visionnaire pour savoir que le CAO n’allait pas perdurer, cela reste valable aussi pour le BIM actuellement. D’où, il est recommandé à l’architecte de rester en perpétuelle évolution.

Exemple de projets Projet de Construction du Complexe Culturel de Siliana

Maître d’Ouvrage: Ministère de la Culture et de la Conservation du Patrimoine
Architectes: Abdelwaheb Bani (Architecte Mandataire), Mr Ramzi Aatallah et Mme Aida Ben Henda Triki (associés)
Surface du Terrain: 5000 m²
Surface Totale Couverte: 2649 m²
Année: 2008/2012

Propos recueillis par Beya Ben Hmida